Coloristes en danger ?

Publié le par Mo'

Si vous êtes attentifs et surtout concernés par qui sont les auteurs de vos BD favorites, vous avez du remarquer que ces derniers temps un nom apparait de plus en plus souvent dans la catégorie "Couleurs". Ce nom, Digikore Studios n'est autre qu'un gros groupe indien qui est présent sur quasiment tous les supports comme l'animation, les jeux vidéos ou encore la bande dessinée. Bien sur, nous ce qui nous concerne aujourd'hui, c'est le travail qu'ils réalisent sur la BD. Digikore Studios proposent donc outre la colorisation, le crayonnage, l'encrage ainsi que le lettrage. En gros tout ce qui fait une BD... Parmi ses clients quelques uns des plus grands éditeurs des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, du Danemark, de la Hollande et bien sûr de la France.

Alors c'est vrai, je ne suis qu'un simple lecteur, pas un journaliste ou encore un éditeur, donc forcément je suis peut être bien loin de connaître les priorités d'une telle démarche (même si j'ai quelques idées...), mais merde, on n'a pas assez de coloriste chez nous ? Déjà qu'ils ont du... non, qu'ils doivent encore se battre pour faire reconnaître leur profession...maintenant ils doivent entrer en concurrence avec des studios qui proposent sûrement des délais beaucoup plus rapides pour finaliser un album, ou encore qui ont un coût inférieur à celui de nos coloristes. Je me rappelle encore d'albums qui, il n'y a pas si longtemps que ça ne comportaient aucun nom de coloriste, alors que sans eux un album ne serait pas ce qu'il est. Ils sont eux aussi à l'origine du succès d'une BD. Il est difficile de croire que même niveau rémunération, ça ne suit pas vraiment...enfin là, c'est une autre histoire.

Lorsque l'on commence à se projeter un peu plus loin, on peut très bien imaginer qu'un premier tome soit réalisé par un auteur français qui ensuite sera repris par un studio de ce genre pour réaliser la suite de la série, tout ça parce que le délai sera plus rapide et que comme ça on satisfera les plus impatients...Bah oui, c'est vrai, attendre 1 an voire 2 pour avoir une suite ça fait long, mais le jour où vous ne pourrez même plus dire qui est au dessin ou à la couleur de tel album, je pense que ça en embêtera plus d'un, du moins je l'espère...
Et puis, ce qui n'est pas rassurant non plus c'est que ce système risque de se développer encore plus car les jeunes lecteurs actuels, ceux qui découvrent  la bande dessinée par le biais du manga, eux vont avoir l'habitude d'un rythme de publication soutenu (en moyenne un tome tous les deux mois). Ce sont eux qui demain liront probablement de la BD, et ce sont encore eux qui auront probablement du mal à attendre 1 an pour avoir une suite, à moins de leur faire comprendre pourquoi il faut attendre autant, leur expliquer la complexité du travail d'un dessinateur, d'un coloriste et même d'un scénariste, pourquoi parfois ils passent plusieurs heures, voire jours sur une case. Je m'emballe peut être un peu là mais bon, si demain moi, je dois lire "Studio xxx" au dessin et à la couleur, ca va bien me mettre les boules.

Maintenant, on ne peut pas nier que les Studios Digikore réalisent un travail de qualité. Il n'y a qu'à voir les couleurs réalisées sur "Ténèbres" pour s'en rendre compte, mais bon, vous n’allez pas me dire que l'on n'a pas des coloristes capables de faire un travail similaire ? Très présent aux Etats-Unis dans le monde du comics, il est fort à parier que la France va leur emboîter le pas. Sommes nous en train de faire un pas vers l'industrialisation de la BD ?

Je dois surement parler de choses qui me dépassent, moi simple petit lecteur, mais on ne peut pas m'empêcher de penser et surtout de constater que l'on va voir apparaître de plus en plus souvent le nom "Digikore Studios", et sûrement d'autres studios de ce genre.


Note :

Il semblerait d'ailleurs qu'un projet de série intitulé "Les Aventures de Charlie Black", une sorte d'hybride entre James Bond et Lara Croft, soit prêt a envahir le monde selon les déclarations de Abhishek More, fondateur de Digikore et créateur de "Charlie Black". Il serait en négociation avec plusieurs éditeurs aux Etats-Unis, au Royaume-Uni mais également en Europe.



Mo'

Publié dans Actualité

Commenter cet article

Mo' 22/10/2009 13:52


Salut Cyrus,

Tout d'abord merci pour ton commentaire, qui plus est avisé car tu es passé par là. Ton expérience par rapport au Viet Nam est intéressante mais je pense qu'avec l'Inde (pour l'exemple de mon
article) le sujet de la violence et  de la nudité ne pose pas de problème. Il n'y a qu'à voir "Ténébres" pour se rendre compte que cela ne pose pas vraiment de problème.
Concernant les recommandations pour qu'ils puissent réaliser au mieux les couleurs malheureusement c'est le dessinateur devra à mon avis réaliser cette tâche qui peut s'avérer vite fastidieuse rien
qu'avec la barrière de la langue.
Ta réflexion sur le dollar est intéressante mais pas vraiment rassurante surtout si sa valeur reste la même. Ca risque de perdurer !
Cette vision négative que j'ai de cette démarche n'enlève en rien au fait que la qualité du travail de ce studio est nickel mais perso, je préférai avoir un nom et un prénom plutôt qu'un studio
étranger qui fait vraiment très impersonel.

Merci à vous pour vos avis !

Mo'


Yotadelatisane 22/10/2009 12:32


je ne m'étalerai pas sur le sujet car tu l'as bien fait Mo', mais je voulais juste apporter un exemple en plus.
tu parles d'albums reprient entièrement par un studio comme celui-ci basé en Inde.
C'est en écoutant la radio, que j'ai pensé à Asterix. Comme beaucoup de bd franco-belge (Lagaffe, Spirou et Fantasio, etc...) qui n'ont plus d'auteurs (morts, fatigués, etc) c'est le parfait
exemple de Bd qui serait amené à être produit en masse par ce type de boite. On leur impose le cahier des charges (charte graphique, scénario et story board) et eux font le dessin la couleur,
etc... plus besoin d'auteurs (d'ailleurs le mot "auteur" serait péjoratif dans ce cas là...)

C'est bien le type de bd qui irait PARFAITEMENT a cette méthode. car je ne vois pas un dessinateur pro faire une BD sans pouvoir imposer son style. on a vu le resultat dernièrement sur Spirou.


Cyrus 22/10/2009 11:57


Salut Mo, ayant moi même été éditeur pour une maison qui cherchait constemment à faire des economies, j'ai été confronté à l'expérience de faire mettre en couleurs un album par un studio au
vietnam. je peux te dire que c'est très dur d'obtenir de bons résultats qualitatifs et de rendements, d'abord, il y a la barrière de la langue, l'inertie des communications on line malgré les
progrès n'aide pas.
surtout qu'il y a de constants aller et retour de planches qui sont rarement parfaites du premier coup
il faut aussi savoir que pour mon experience le studio ne voulait pas mettre en couleurs des planches sur lesquelles il y aavait trop de violence ou de nudité, il y a une forme de censure très
présente dans certains pays.
En fait ce type de mise en couleur peut fonctionner avec un certain genre de bande dessinée 'industrielle' ou lorsque il y a un cahier des charges très précis pour qu'ils se referent constemment à
ce qu'ils doivent faire
ce mode de production necessite un suivi très fastidieux, et je me souviens en être sorti épuisé...
à ce jour on ne peut pas éviter la tentation des editeurs de faire des economies sur le poste des couleurs, d'abord parce que dans le contexte de crise, ils essayent de minimiser les risques au
maximum quitte à faire n'importe quoi.
et surtout je mettrai ma main à couper que ces studios sont payés en dollars, quand on voit le cout du dollar actuellement, tu peux être sûr que la tentation ne va pas s'éteindre comme cela.
maintenant il ne faut pas noircir le tableau, ces mises en couleurs peuvent certainement bien se passer, rendre service et être de qualité dans un certain contexte,
il ne faut bien sûr pas que ça devienne une solution toute prete et déclinable à l'infini.

cyrus


FdeLO 20/10/2009 21:58


Putain ça craint d'industrialiser la couleur!!! Article interessant . Merci pour l'info.
Cordialement,